Tous en étaient atteints, mais tous n’en mourraient pas

De quoi veux-tu parler, que sous-entends-tu par cette déclaration ? Quand je dis que tous en étaient atteints mais que tous n’en mouraient pas, je parle de la vindicte populaire ou de ce qu’un certain nombre d’événements récents me permet de qualifier de la dictature de l’émotion.

Agir ou réagir sous le coup de l’émotion n’est jamais une attitude empreinte ou qui laisse la place à la réflexion et à la cohérence. Il m’apparaît que le climat sociale aidant nous nous laissons de plus en plus guider dans nos attitudes ou réflexions à donner place à l’émotionnel plus qu’à la prise de recul nécessaire. La presse qu’elle soit écrite ou audio-visuelle y participe allègrement.

J’en veux pour démonstration deux faits sociaux récents :

La justice dans tous pays démocratique est rendue au nom du peuple et elle ne peut se rendre sous le coup de l’émotion ou dans le moindre climat passionnel. Les élus de la république sont en leur qualité de représentants du peuple, là pour s’assurer qu’elle à les moyens d’être rendue en toute impartialité et conformément aux lois et règles en vigueurs. Que n’a-t-on pas vu au cours de l’année 2003 dans ce qu’il est maintenant appelé l’affaire des innocentés d’Outreau. D’abord des hommes et des femmes présentés comme des notables  affreusement pédophiles. Inadmissible, impardonnable ; affreux, sales et méchants. Ils mériteraient la mort si cette dernière n’avait pas été abolie en 1981. Toute la presse nous les jette en pâture. L’émotion est grande dans tout le pays, comment est-ce possible ? Chacun y va de sa petite phrase, ils sont condamnés d’avance. Présumés innocents ? Vous voulez rire ! Ceux qui sous couvert de leur rang social en profitent pour commettre le pire des crimes fait à un enfant, ne mérite pas la moindre mansuétude.

L’histoire s’emballe et nous avec elle. L’appel à la raison, à la moindre réflexion ? Absent ! Quoi qu’ils disent, quoi qu’ils évoquent pour nous faire entendre raison ; ils sont condamnés d’avoir été là ce mauvais jour et à la mauvaise place. Nous aussi comme nos amis les Belges nous avons notre affaire Dutroux. Dutroux, Outreau ; qu’elle coïncidence troublante.

Dans ce contexte comment administrer et rendre sereinement la justice au nom du peuple français ? Le juge d’instruction n’est en rien excusable pour le ton, les méthodes et la manière dont il a administré la recherche de la vérité. Mais la dictature de l’émotion est à l’œuvre, elle rend aveugle et sourd à la fois.

Un crime a été commis sur des enfants, personne ne le conteste. La recherche de la vérité doit-elle nous rendre aveugle pour autant ? Quel gâchis et quoi que l’on en dise après coup, le mal est irrémédiablement fait et rien ne viendra rendre et réparer la vie brisée de ces femmes et de ces hommes.

Et là où nous pouvions dans une ultime réaction de grande humanité faire acte de contrition, nous jouons de plus belle sur la corde si sensible de l’émotion si mauvaise conseillère. Pour conjurer le fait que nous nous sommes fourvoyés collectivement, l’on nous jette en pâture (comme dans les jeux du cirque) ce pauvre juge que l’on voudrait nous faire admettre comme seul et unique responsable. C’est pour ma part un peu court et c’est aller un peu vite en  besogne.

Et nous n’avons pas tiré toutes les leçons de cette dictature de l’émotion et de ce qu’elle nous fait commettre comme actes parfois irrationnels. Tout récemment des barbares, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier des hommes qui s’attaquent à leur semblable et lui font subir ce que des millénaires de civilisation ont rejeté aux extrémités de notre galaxie. Je dis donc des barbares s’en sont pris à un jeune homme qui appartient à un peuple déjà durement éprouvé au cours de la dernière guerre. A cette époque nous nous étions promis que plus jamais de tels événements ne se reproduiraient. Aucun être humain ne saurait mériter la mort encore moins pour des raisons ethniques, religieuses ou de couleurs. L’on ne peut que se louer de la mobilisation qui s’en est suivie pour redire que de tels actes sont inadmissibles et intolérables. Mais c’est non seulement pour ce cas là mais aussi pour tous les autres, commis et qui n’ont pas suscité une telle émotion. C’est bien dommage et c’est regrettable. Pour un Ilan dont je trouve que la réaction populaire est à la hauteur de l’indignation, combien de Mohamed, de Boubacar et de Régis s’en sont allés dans l’ignorance la plus totale. Ne sombrons pas seulement sous le coup de l’émotion du moment. Demeurons vigilant, gardons près de nous la sérénité qui concoure à notre lucidité, pour conserver la tête froide qui invite à une analyse juste des situations de manière à nous élever chaque fois que notre dignité, d’hommes et de femmes,  est malmenée. Et redire à chaque fois les unes avec les autres, les uns à côté des autres : « basta » ; « no pasarán !» ; « ça suffit ! », « Jamais, plus jamais ! ».

Gus « le guetteur