Ce printemps 2006, la jeunesse de notre cher pays est dans la rue. Elle manifeste bruyamment, exprime son ras le bol et rejette l’avenir que certains adultes lui concoctent.
On lui avait promis un avenir radieux, à cette jeunesse, si elle s’en donnait les moyens ; en travaillant et en faisant des études longues. La qualification et le diplôme les mettraient à l’abri du non-emploi ou de la précarité.
Ils (les jeunes de notre pays) y ont cru et ils n’ont pas ménagé leurs efforts. La qualification et les diplômes en poche, les moins bien lotis (au regard des filières empruntées) ont déchanté. Ils se sont fait une raison, accepté les petits boulots sous rémunérer, ne correspondants en rien à leur formation. C’est ainsi leur disait-on, il faut accepter et attendre ; demain ça ira mieux. Les plus âgés s’en iront et laisseront la place qui ne demanderait plus qu’à être occupée. C’est une question de temps, ils ne s’en sortaient pas si mal. Il suffirait d’attendre. Etre patient, ce n’est pas compliqué.
Mais cette jeunesse qui nous déroute parfois nous prend à contre-pied souvent ; on peut lui projeter toutes les attitudes, tous les penchants ou tous les qualificatifs du monde, elle est tout ce que l’on veut bien qu’elle soit ; mais elle n’est pas folle et hors du temps et de son époque.
Dans une économie planétaire de plus en plus mondialisée, avec des pouvoirs de plus en plus aux mains de financiers et de moins en moins détenus par les instances politiques ; s’entendre dire que la précarité devient la règle et qu’ils vont devoir accepter une vie de plus en plus précaire. Là ils ont dit stop. Basta ! On n’accepte pas, on refuse ce monde que vous nous préparez.
D’autant plus qu’ils savent bien, qu’au regard de la dette que nous leur laissons, que c’est avec leur chéquier que nous payons notre train de vie actuel.
Qui plus est ; ceux qui leurs disent qu’il va falloir endosser un statut de précaire et de précarité permanente, ceux-là sont tout saufs dans une situation de précarité. Ils sont installés, ont réussi, ont profité de la croissance des années passées et n’ont pas de soucis à se faire pour leurs vieux jours.
Alors à leur manière, ils viennent nous dire que trop c’est trop. Le temps est peu être venu que l’on ne les prenne pas que pour de « doux-dingues ».
Il y a belle lurette qu’ils savent que la garantie d’un emploi sécurisé et à vie, ce n’est pas pour eux. Que l’opulence de certains de leurs parents, ils ne connaîtront pas et ce n’est pas leur objectif.
Accepter d’entrer dans la vie avec l’assurance de n’avoir que la précarité comme avenir, cela leur est insupportable. Comme le laissait entendre un des jeunes manifestants, au détour d’une des nombreuses manifs « La précarité, vivre dans un monde où la précarité est la règle, pourquoi pas ; mais faut-il que toutes les institutions, les banques, les agences de locations, les bailleurs acceptent de jouer le jeu et ne nous demandent pas d’avoir un emploi stable pour nous prêter de l’argent ou nous louer un logement… nous ne pouvons admettre d’avoir à opposer notre statut de précaire à une exigence de stabilité » C’est bien envoyé et plein de bon sens.
En regardant et en écoutant notre jeunesse manifester contre cet avenir qu’on leur propose, je ne peux m’empêcher de repenser à ce propos de Daniel Balavoine, s’adressant au cours d’une émission de télévision à celui qui allait devenir notre Président de la république en 1981 ; il lui disait maladroitement ceci :
« Ce que je veux vous donner c’est que généralement c’est un avertissement, j’ai peut-être du culot de faire ça, je suis obligé de le faire comme ça parce que je dois faire vite.
Ce que je peux vous dire c’est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu’elle n’a plus d’appui, elle ne croit plus en la politique française et moi je pense qu’elle a en règle générale et en résumant un peu bien raison. Ce que je peux vous dire c’est que le désespoir est mobilisateur et que lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraîne le terrorisme, la bande à Baader et des choses comme ça et ça, il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté parce qu’ils n’auront plus d autres solutions »
Nous les grandes personnes, quand nous pensons à notre jeunesse et que nous envisageons de lui proposer quelque chose, nous devrions avoir en mémoire ces propos pour lui proposer autre chose que du désespoir. En bon entendeur, notre jeunesse nous salut bien !
En ce début d’été, une grande société mutualiste spécialisée dans la complémentaire de santé, a annoncé qu’elle allait proposer à ses clients les plus fortunés une option pour eux et les membres de leur famille. Une option complémentaire qui leur garantit, en un temps très cours et en fonction de la nature des soins dont ils auraient besoin, l’intervention des 200 meilleurs spécialistes de France.
Bien entendu, cette option a un coût. Pas celui que vous et moi payons pour notre complémentaire santé. Non, plusieurs milliers d’euros pour l’assuré principal et quelques autres pour ses ayant droits.
On croit rêver. La santé, ce bien si précieux que de nombreuses peuplades à travers le monde n’y ont pas accès et envient notre système de santé. Même si ce dernier est mis à mal depuis des années. Il est une garantie pour chacun et chacune d’entre nous et nous sommes conscients que les plus démunis de notre société doivent y avoir accès.
La solidarité, c’est ce qui sous-tend notre système. Les mieux lotis comme les exclus peuvent être assurés de pouvoir recevoir les soins dont ils ont besoin. Même si parfois pour certain cela peut s’apparenter plus à du parcours du combattant, le système ne fonctionne pas trop mal, il présente quelques ratés dans son déroulement, nous rappelant qu’il peut y avoir plusieurs vitesses ; il n’empêche qu’il tente de répondre aux besoins qui l’on institués.
Nous le savons tous, la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût. De là à nous envoyer à la figure que plus on y mettra le prix plus l’accès aux soins d’un coût élevé le sera que pour ceux qui le peuvent ; c’est inadmissible et insupportable.
Jean de La Fontaine nous le disait bien dans sa fable « Les animaux malades de la peste : Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »
Si vous appartenez aux puissants de ce monde, les meilleurs spécialistes, quelque soit le mal dont vous souffrez, seront à votre disposition, prenez un peu de votre « cassette » et le tour est joué. Quant aux miséreux, à la réflexion, je me demande que font-ils encore en ce bas monde ? Y a-t-il une place pour eux ?
Plus près de nous, en termes de temps, les damnés de la terre qui « viennent tous de leur plein gré vider les poubelles à paris » (Pierre Perret, dans le texte) ; et se retrouvent en situation irrégulière devront, sous un mois et demi, leur salut à leurs enfants.
En effet, « la France ne peut accueillir toute la misère du monde » nous disait un de nos Premiers Ministres. Soit, mais que fait-on pour équilibrer un peu plus les richesses de notre vieux monde ? Comment éviter et non empêcher que ceux qui n’ont rien se retrouvent condamnés à venir s’entasser dans les mêmes lieux pour espérer une vie un peu meilleure et digne de ce nom.
Comme l’on ne veut pas d’eux et que rien n’est vraiment fait pour les retenir chez eux, ils rentrent dans la clandestinité et survivent comme ils peuvent. De nos concitoyens leurs tendent la main et leurs apportent quelques concours. Ces hommes et ses femmes que rien ne prédispose à de tels agissements refusent la fatalité et bravent l’illégalité pour leur venir en aide. Ils sont tout simplement humains.
Ces immigrés clandestins n’ont d’autre choix que de tenter l’intégration vaille que vaille, ils n’ont pas de cartes de séjour, pas de papier ; donc ils ne sont personne. Malgré tout ils souhaitent pour leurs enfants un monde meilleur et un autre avenir que celui qu’ils ont connu. Ils les inscrivent à l’école, parce que l’école de la république est le lieu du savoir et de l’instruction. Cette inscription dans la cité ne garantie en rien, aux parents immigrés vivants dans la clandestinité, une intégration dans notre société. Mais ils y croient et font tout pour.
Ces parents sont porteurs d’un projet pour leurs enfants avant que ces derniers n’adviennent, un jour, à être coauteur de la leur. L’avenir, ce sont les parents qui le construisent pour leur enfant et non l’inverse.
Notre gouvernement vient de leur imposer le contraire. Tous ceux qui sont entrés illégalement sur notre territoire et qui démontreront que leurs enfants non plus conservé de lien avec leur pays d’origine sont inscrits et vont régulièrement à l’école depuis au moins deux années ; les parents de ces enfants-là pourront voir leur situation se régulariser. Encore faudrait-il qu’ils aient la chance d’être dans le wagon des 6000 que l’on souhaite régulariser ! Permettez-moi de vous livrer mon désarroi.
Une identité, des papiers, le droit de vivre et demeurer sur le territoire France ; ce sont des enfants qui vont l’apporter à leurs parents ! Parce qu’ils auront apporté la preuve qu’ils n’ont plus aucun lien avec leur famille, leur pays d’origine ? Et personne, ou très peu, ne dit rien. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Je ne le pense pas. Nous marchons sur notre tête et notre société est malade d’elle-même.
Qui peut se prévaloir du fait qu’un bon immigré est un immigré sans racines, sans liens, sans histoires, sans mémoires. Il ne sait d’où il vient, comment peut-il avoir l’espérance de savoir où il va.
Un vieux dicton (est-il si vieux que l’on veut bien le dire, vu l’actualité) ne dit-il pas « Si tu ne sais où tu vas, sache et rappelle-toi au moins d’où tu viens »
C’est fou, comment nous avons perdu la notion des ensembles, il est temps désormais de nous remettre à conjuguer le savoir vivre ensemble. Si tant est que nous l’ayons appris un jour ! Je le pense profondément.
Gus « le guetteur »
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