« Welcome ! »

Ces temps derniers mon attention fut retenue par un mot très peu usité dans notre vocabulaire quotidien. Ce mot, c’est la jungle. Sous la plume d’un journaliste talentueux de la presse écrite je découvrais que notre ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire ; en visite dans le nord Pas-de-Calais prenait l’engagement de fermer « la jungle ». 

Fermer « la jungle » ? Mais quelle « jungle » ? Il existait une jungle dans cette contrée du nord ? La question mérite que l’on s’y arrête. 

Je l’ignore pour vous, mais pour moi la jungle c’est en Asie, en Afrique, enfin dans des latitudes en dessous de l’équateur ; territoire inhabité et désert ou alors territoire couvert d’une végétation impénétrable.

Cette explication du dictionnaire rapportée à notre territoire français, je ne comprenais pas de quoi, ni à quoi notre cher ministre faisait allusion. 

Renseignements pris, lecture d’hebdomadaires, visionnage de reportages télévisuels et de journaux télévisés ; je n’ai peu que me rendre à l’évidence que cette fameuse jungle dont il est fait référence était tout sauf un territoire inhabité, désert et recouvert d’une végétation impénétrable. Se trouvent là, sur une étendue de lande, plus ou mois arboré, des campements de fortune dressés par des hommes à majorité de pays de l’hémisphère sud ou de l’extrême est de notre planète. Ils attendent une opportunité (si l’on peut dire) pour passer au péril de leur vie de l’autre côté de la manche, avec l’espoir d’une vie meilleur que celle qu’ils ont connue jusque-là et de celle qu’ils vivent actuellement. 

Ils vivent là, dans ce que nous avons l’indécence de nommer « la jungle ». Certainement pas ignorance et méconnaissance de ce qu’est la jungle, ou alors, mais je n’ose y penser, parce qu’ils en viennent ! si tel est la raison ceci serait particulièrement injurieux pour ce que nous sommes et eux avec nous. 

Oui je dis bien ce que nous sommes et eux avec nous. Parce que quelle que soit leur origine, ce qu’ils sont et ce qui les poussent à s’expatrier dans des conditions qui dépassent l’entendement, ces hommes majoritairement jeunes sont d’abord et avant tous nos semblables. Nos frères en humanité. 

Cela peut paraître invraisemblable, mais nous aurions peu être à leur place. À cette place nous nous attendrions à plus de dignité, plus de respect, plus d’humanité, moins de haine, moins de rejet, moins de traitement comme de véritables parias ou criminels. 

Quels crimes ont-ils commis ? Celui d’avoir quitté leur vie de crève misère, affronté des conditions inhumaines de transports par voie maritime ou terrestre, confiant leur sort aux nouveaux négriers des temps modernes animé par l’appât du gain et n’hésitant pas dépouiller leur victime, quand ils ne les jettent pas par-dessus bord ?

À bien y réfléchir on peut se risquer à une hypothèse. Le crime qu’ils ont commis est celui de venir déranger notre belle quiétude, et de faire désordre dans notre si beau paysage du nord. Tout ce monde entassé là, sans hygiène, sans nourriture, sans conditions décentes de vie ; on voudrait nous faire admettre que cela fait désordre que l’on ne s’y prendrait pas mieux.

Mais d’aucun de nos compatriotes ne l’entend de cette oreille. Sans jugement, sans préjugé ils ont vu au travers de tous ces migrants qui attendent là dans le plus grand délabrement, ils ont vu là leurs frères en humanité. Pour ces quelques français et françaises du nord Pas-de-Calais, le mot solidaire a encore un sens qu’ils entendent bien perpétuer. 

Alors ils s’organisent pour leur venir en aide, qui par la confection d’un repas, qui par la remise de vêtements mieux adaptés aux conditions climatiques de la région, cet autre en rechargeant les batteries des téléphones portables, seuls liens avec leurs familles restées au pays.

Mais dans cette jungle ; cette expression de solidarité fait désordre et ne laisse pas indifférent. Ceux qui ose venir en aide à ces laissés pour compte se mettent dans la plus pure illégalité. Ils commettent un délit, un nouveau délit. Celui qui s’est autorisé à lui donner un nom, s’est bien gardé de faire dans le détail. 

Venir en aide à un être humain dans la détresse, qui ne demande qu’un peu de pain et un peu de réconfort dans son inconfort s’appelle un délit de solidarité. Il fallait y penser, c’est fou, non ! Délit et solidarité, deux mots qui ne vont pas très bien ensemble. Je commets une faute punie par la loi au simple motif que je reconnais en l’autre mon semblable, mon égale, un autre humain comme moi et qui appartient à la chaîne de tous les humains. Ce qui me guide vers lui, ce n’est pas ce qu’il a l’intention de faire, mais bien ce qu’il vit sur l’instant, et sur l’instant il m’est évident qu’il a besoin de moi. Ai-je le choix ? La question ne se pose même pas et sans hésitation je me porte à son secours, ce que tout être humain, animé d’un minimum de bon sens, ferait et personne n’y trouverait à redire. 

Si chez nous. Et c’est là un comble ! comme le disait le comédien Michel SERAULT dans le « papillon » à la petite fille, « Liberté, Égalité, Fraternité, cela sonne bien ; mais ça se passe mal ». L’histoire semble lui donner raison. Des milliers d’hommes et de femmes le regrettent mais ne l’acceptent et ne l’accepteront jamais. 

C’est à eux que je veux rendre hommage, parce qu’à chaque fois, face à la détresse, face à la misère, face au risque du rejet de l’autre ils n’oublient pas d’être d’abord humain, ils perpétuent ce vielle adage qui vient du fond des âges et qui m’est rapporté par un sage des hauts plateaux « Je suis, parce que nous sommes ». N’est pas beau ?

En solidarité avec eux, pour ne jamais oublier qu’à travers l’autre, quelque qu’il soit, d’où qu’il Vienne, c’est moi que je vois, que j’aide et que je réconforte ; et en association avec le comédien Vincent LINDON je veux dire à tous ces migrants, welcome ! soit le bienvenu mon frère en humanité sur cette terre de France qui a oublié qu’elle est terre de liberté et de fraternité. 

Gus « le guetteur »

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