Mon propos se veut l’écho a contrario de la célèbre phrase que nous devons à Jean-Paul Sartre, alors qu’il était en plein compagnonnage avec le PCF, dans les années 1950, il rétorqua à des critiques de gauche « qu’il ne faut pas désespérer Billancourt », voulant signifier par là qu’il ne faut pas forcément dire la vérité aux ouvriers, de peur de les démoraliser.
Aujourd’hui, je lui emprunte l’expression pour aborder et parler d’une crise profonde que traverse notre jeunesse et qui ne cesse de se donner à voir au travers tous les médias et les réseaux sociaux.
« Il ne faut pas désespérer notre jeunesse » oui « ne désespérons pas notre jeunesse »
Notre jeunesse à mal à son existence et le crie haut et fort. Oui mais, l’entendons-nous vraiment.
Comme tous les citoyens de notre pays, notre jeunesse s’est retrouvée dans l’obligation de suivre et de s’appliquer les mesures se sauvegarde sanitaire qu’impliquent les modalités du confinement depuis le mois de mars 2020.
Elle découvre et de nombreux autres citoyens avec elle les modalités ainsi que les contraintes de la continuité des formations à distance.
Cette jeunesse, elle est de la génération qui est née et a grandi dans l’univers et les environnements de toutes les formes et supports liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Il nous faut aussi admettre que cette obligation à demeurer chez soi a révélé de grandes différences et des inégalités d’équipements et d’accès à distance aux plateformes et autres supports de savoirs dispensés par les universités et centres de formations.
Mais qui plus est, ce à quoi notre jeunesse n’était pas préparée ou n’imaginait pas ; c’est la grande solitude et le désert de relation lié à l’isolement qu’implique cette mesure de confinement.
Elle n’est pas la seule a nous renvoyer que la mobilisation de tout ce que la technique peut procurer et mettre au service de la personne humaine, ne serait remplacer et ne remplacera jamais le contact humain, la proximité des uns avec les autres, enfin voir et rencontrer l’autre tout ce qui nous fait humain et nous rassure dans notre humanité.
En nous confinant par nécessité, loin de moi la moindre idée d’une remise en cause sur le bien-fondé de la mesure, nous avons oublié de penser comment maintenir de l’humain, garder et préserver du lien entre nous, dans cette obligation de nous protéger face à une pandémie à, laquelle nous n’étions pas préparés et dont les effets nous dépassent quoi qu’on en ait dit.
En nous confinant, nous avons peut-être oublié ou manqué d’y associer notre jeunesse, au même titre que nous l’avons fait pour les entreprises et autres acteurs économiques pour endiguer autant que faire se peut les conséquences financières et humaines du confinement.
Nous avons omis de l’associer, et l’effet retard du confinement nous revient comme un boomerang en pleine figure. Et comme à chaque fois nous nous devons de jouer les pompiers. Éteindre, atténuer les conséquences de tous « ces feux » qui partent au risque de devenir hors de contrôle : suicide, angoisse, mal-être, dépression, perte de sens, etc.
En nous confinant et notre jeunesse avec, nous prenons conscience qu’elle est aussi un acteur économique et contribue à son niveau à la richesse du pays. C’est tout ce que nous nommons « les petits boulots », les contrats courts de quelques heures dans divers domaines ; bien utiles et qui aident un grand nombre à financer leur étude. Du jour au lendemain tout cela s’est trouvé mis à mal et à fortement impacter le moral de notre jeunesse.
Il était si impensable, si inimaginable de faire avec elle, notre jeunesse n’est-elle pas porteuse, elle aussi d’une parole, parole que l’on doit et qui se doit d’être écoutée.
Pourquoi et comment expliquons-nous ce ratage à l’allumage? Toujours est-il qu’elle en paye le prix et la facture risque d’être salée !
N’oublions pas quand même que cette crise et cette détresse de notre jeunesse ont fait naître et mis à jour un fort élan et une lame de fond de très forte générosité (tickets de restaurant universitaire à 1 €, divers colis et autres paniers alimentaires offerts aux étudiants). Quel bel élan de mobilisation généreuse en faveur de notre jeunesse !
Parce qu’il est urgent et essentiel de ne pas abandonner notre jeunesse, notre avenir : ce sont eux. Alors faisons le serment et engageons-nous à ne jamais l’abandonner et quoi qu’il arrive soyons toujours à ses côtés et témoignons-lui notre solidarité parce que notre jeunesse c’est ce qui nous constitue.
Pour finir et en terminer, souvenons-nous de ce que disait Daniel BALAVOINE, un soir du 19 mars 1980 sur Antenne 2 à la fin d’un entretien télévisé de François MITTERRAND :
« Ce que je veux vous donner c’est que généralement c’est un avertissement, j’ai peut-être du culot de faire ça, je suis obligé de le faire comme ça parce que je dois faire vite.
Ce que je peux vous dire c’est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu’elle n’a plus d’appui, elle ne croit plus en la politique française et moi je pense qu’elle a en règle générale et en résumant un peu bien raison.
Ce que je peux vous dire c’est que le désespoir est mobilisateur et que lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraîne le terrorisme, la bande à Baader et des choses comme ça et ça, il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté parce qu’ils n’auront plus d’autres solutions ».
Gus « Le Guetteur »
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