« Comme un tout petit grain de sable »

Qui d’entre nous peut affirmer, sans sourciller qu’il l’a vu venir ?

Mais voir venir quoi ? De quoi parlons-nous. S’agit-il d’un événement, d’une personne, ou que s’ai-je ?

Vous ne voyez pas ? Ce n’est pas le prochain Tsunami, ni l’arrivée d’une tornade ou d’un cyclone.

Vous ne voyez toujours pas, je vous l’avoue, c’est un peu normal, parce que ce qui nous est tombé dessus et qui balaye toute la planète sans distinction de pays, de continent ou de classes sociales, est arrivé sans faire le moindre de bruit.

D’abord en partie parce que le pays qui l’a vue naître est un grand artisan du « surtout pas de vague et pas d’annonce qui contribuerait à troubler l’ordre public ».

Nous pouvons nous dédouaner et nous consoler en nous disant « comment voulons-nous voir venir quelque chose dont on ne vous parle pas ou si peu ? »

Il n’en demeure pas moins qu’il s’est immiscé tout doucement, sans crier gare et avec constance.

Plus nous n’y prenions garde, plus les conséquences en seraient imprévisibles et catastrophiques.

Mais nous ne devions pas nous en faire, son apparition et sa présence étaient très éloignées de chez nous et il n’était pas dans les perspectives qu’il puisse franchir tant de frontières et supporter une si grande distance.

Nous voilà donc rassurés.

Qui plus est, ce petit grain de sable, ne devrait provoquer chez les humains que nous sommes, qu’une petite grippe, légère et bénigne comme toute grippe saisonnière. Alors pour quelles raisons s’affoler et prendre des mesures de précaution.

Fort est de constater que plus le temps passe, plus la rumeur se fait ample. Les États nations, les citoyens qui les composent commencent à tendre une oreille et à avoir une attention plus que soutenue à la manière dont ce grain de sable à imposer à son pays d’origine, l’isolement tout entier d’une province, d’une mégapole et de monter en l’espace de 10 jours, à la force d’engins titanesques, une infrastructure hospitalière gigantesque pour faire face aux conséquences que provoque ce petit grain de sable.

Quoique l’on en ait dit ; malgré la distance et son infiniment petit ; lorsque le vent souffle, il souffle et rien ne l’arrête, topographie des lieux, reliefs des sols, températures ; ce petit grain de sable est parvenu jusque chez nous.

Et nous n’avons rien vu venir, ou alors nous n’avons rien voulu voir venir !

Je l’avoue, je vous l’accorde cela ne change en rien la réalité de la chose.

Toujours est-il qu’après bien des hésitations et face au désastre annoncé le monde a été prié de se replier en zone sécurisée, de se camoufler derrière les gestes barrières et de ne sortir que sur prétextes bien précis et cocher au préalable sur une attestation standard et officielle préétablie.

Ce grain de sable, à l’inverse de tout autre grain qui ne demande qu’à être ballotté par le vent pour voyager et voir du pays, celui-ci n’a rien demandé, si ce n’est que l’on le laisse bien là où il a vu le jour et où il se complaît.

Nous sommes allées le chercher, nous l’avons dérangé alors qu’il était bien tranquille il n’est pas un grand partisan des voyages et encore moins des voyages planétaires.

Mais que voulez-vous, sans le moindre accord de notre part, il s’est invité chez nous, au plus profond de notre être emportant sur son passage les plus fragiles d’entre nous, sans distinction de classe, de nature ou d’origine.

Ce petit d’entre les petits nous a laissés bien démunis et en plein de désarroi.

Il a contribué à tout bloquer, selon les pays, sur des périodes plus ou moins longues, mettant ces derniers complètement à l’arrêt ; dans le cadre de l’économie réelle, des relations sociales, arrêt dans des libertés d’aller et venir.

Et je ne vous parle pas des relations et échanges entre pays ou continents, ils sont devenus aux fils des années d’une telle facilité que se déplacer à l’autre bout du monde est devenu d’une telle banalité. Eh ben tout cela s’est aussi retrouvé à l’arrêt d’un jour au lendemain. Plus d’échange de passagers entre pays, plus de vols et une pollution sonore et atmosphérique qui cessent de manière significative pour le bien-être de notre mère nature.

C’est fou quand même ce que ce petit grain de sable a pu provoquer et permis, il a donné la possibilité à la planète de respirer un peu comme elle ne l’avait jamais fait depuis des décennies, il a offert à chaque humain une chance de renouer avec la nature, de bénéficier d’absence de pollutions sonore et peut-être de se réconcilier avec lui-même à l’occasion.

Et oui ! Nous devons nous rendre à l’évidence, un petit grain de sable peut et a la capacité de bloquer un mécanisme ou une mécanique très bien huilé.

Celui-ci a fait son œuvre et nous a mis, nous humains, rois et seigneurs tout-puissants, un genou à terre et nous a renvoyés à notre obligation d’humilité que nous avons tendance souvent à oublier. Il nous contraint d’intégrer l’inattendu dans nos vies à venir.

Vous voyez maintenant de ce dont je vous parle. Vous imprimez mieux !

Oui ! Ce petit grain de sable, ce que les scientifiques ont dénommé : le Covid-19.

C’est un virus qui ne doit pas être plus gros qu’un grain de sable. Je ne l’ai jamais vu, mais de la manière dont il se multiplie et se reproduit, j’en déduis qu’il n’est pas visible à l’œil nu, il ne doit donc pas être plus énorme qu’un grain de sable.

Gus « le guetteur ».

14 mai 2020