« Nous devrions laisser tous les enfants du monde aller au bout de leur rêve »

Rêver c’est simple, cela ne se commande pas, c’est une simple alchimie du cerveau. Oui je sais, il m’a été dit il y a de ça fort longtemps que tous les êtres humains ne rêvent pas, et que ceux qui rêvent, ne rêvent pas tous en couleur. Bon, mais ce n’est pas grave et puis je vous parle volontairement d’enfants, pas d’adultes.

Les enfants, vous ne me ferez pas croire que toutes ces têtes innocentes ne sont pas remplies de rêves, pas tous avouables mais de rêves quand même.

Une particularité de tout chroniqueur c’est d’avoir plusieurs chroniques en attentes, justes commencés, presque terminées ou en cours. Comme le forgeron a plusieurs fers au feu. Plusieurs chroniques ou idées de chroniques pour vous les servir à bon escient en fonction de l’actualité, de l’humeur du moment ou de l’envie de pousser un « coup de gueule ».

Cette dernière, il tardait de la soumettre à vos cogitations.

Le rêve, c’est simple en mon sens, cela ne nécessite pas tout un programme et il me semble qu’il faut juste laisser aller pour ne pas dire laisser faire.

L’une des réalités auxquelles sont souvent confrontés nos rêves c’est qu’ils peuvent se retrouver brisés par toute une flopée de gens bien-pensants qui ont le chic et l’art de vous les hacher menu. « Mais mon brave ami, tu rêves !  » « tu ne te rends pas compte, mais c’est du rêve !  » « d’ici là que ton rêve devienne réalité, il y a un pas ; et puis tu n’y penses pas ?  » « aller, Dieu merci ce n’est pas demain que ceci deviendra réalité ». C’est fou toutes ces réponses, dès que l’on s’aventure à soumettre, en général à quelqu’un de proche de confiance, ce dont nous avons rêvé.

Il n’y a pas là volonté de provoquer, nous n’avons pas rêvé exprès ce dont nous faisons part. Ce dont nous avons rêvé, c’est imposé à nous et le reproche que l’on nous fait c’est d’y avoir cru ou d’avoir pris le risque d’y croire.

Alors à tous les briseurs de rêve je dis « vade rétro !  » « basta !  » « ça suffit ! ». Je vous dénie le droit de me briser mon rêve, après tout il ne tient qu’à moi d’y croire et ce que me dit ce rêve il m’appartient d’y croire ou de pas y croire. Mais si j’en prends le risque d’en parler de le faire partager, de solliciter l’adhésion à cette part de possible impossible pour l’heure, c’est parce que cette non-évidence pour des tas de raisons s’impose en moi, que cela m’importe et j’en envisage la possibilité.

Reste que pour que la chose rêvée devienne réalité la route est longue, rude, tortueuse, qu’il faut y croire, s’en donner les moyens et le plus court chemin pour y parvenir n’est pas la ligne droite.

Qu’importe, de nombreux rêves peuvent s’apparenter à de belles utopies, et alors nombre d’utopies sont devenues réalités. Notre histoire et l’humanité en comptent quelques-unes. On les appelle des utopies réalistes.

Donc si tous les rêves ne deviennent pas réalité, certains adviennent ; même si ceux qui nous en ont fait part ne sont plus là pour le voir. C’est en soi ça la force d’une utopie.

Une fois encore, le souffle du rêve utopique nous vient du nouveau monde. Ce monde où tous ceux qui n’avaient plus d’avenir du côté de la vielle Europe, sont allés immigrer sur un territoire inconnu, nourris des rêves les plus fous avec l’espoir d’une vie meilleur. Ce monde est celui que l’on nomme le rêve américain, sous-entendu celui de tous les possibles si tu sais saisir ta chance, te donner les moyens en ne comptant que sur toi-même.

Les premiers immigrants n’ont pas eu un comportement exemplaire, ils n’ont seulement pas accepté d’avoir à leur côté ceux qui étaient là avant eux, mais qui plus est ils sont allés chercher dans des contrées lointaines de l’autre côté de la mer des hommes, des femmes et des enfants pour réaliser des tâches ingrates, pénibles et pas toujours gratifiantes.

Au cours de ce qui fait leur histoire commune, il a bien fallu concevoir et se rendre à l’évidence que tout de beau monde se devait de vivre ensemble. Vivre ensemble, enfin c’est une façon de dire les choses. Certains s’y sont résolus, d’autres pas. Mais pas du tout. De nombreuses revendications, des luttes, des affrontements se sont fait jour pour réclamer que tous les hommes vivant sur le même territoire aient les mêmes devoirs et les mêmes droits.

C’est à cet instant, à cet endroit que s’immisce la part de rêve, cette part d’utopie, dont je vous entretiens depuis le début.

En 1963, un pasteur anglican noir, du haut de la tribune autour de laquelle se sont attroupés des millions de ses semblables, fait part à la foule rassemblée de son rêve. D’une Amérique plus humaine, plus fraternelle, plus respectueuse des différences et qui procure une juste place à chacun d’entre les siens en fonction de ces compétences et non de ses origines ou de sa couleur. Ce rêve a suscité espoir nombre d’entre eux, certains l’ont considérée comme une utopie irréalisable, d’autres n’y ont pas cru du tout. Ce rêve, Martin Luther King, n’aura pas eu le temps de le voir se réaliser.

Quelques années auparavant, sur le continent africain, né un petit enfant fruit de l’amour d’un père noir et d’une mère blanche américaine. Il n’a pu entendre les propos de ce pasteur, mais l’éducation qu’il reçoit lui en relate forcément le propos. Il est la synthèse des valeurs et de la culture noire, blanche américaine, asiatique et indienne les premières peuplades du continent américain.

De ce rêve il en fait le sien, il y croit, il est convaincu de sa réalisation. Il s’y prépare en allant comme travailleur social auprès des plus défavorisés de la banlieue noire de Chicago, se dote de capacités et acquiert des compétences. Il ne doute pas un seul instant de faire de cette utopie une réalité. Il attend son heure et construit patiemment son ascension. Il sent le moment venir et contre toute attente, se déclare à plus haute charge du pays le plus puissant du monde.

Personne, à cette heure n’ose y croire ; mais il suscite l’espoir et sa force de conviction laisse entrevoir qu’un profond changement est possible. Il faut y croire, s’en donner les moyens et tout faire pour y parvenir, pour atteindre le but. C’est le fameux « Yes, We Can ! ». Et oui nous pouvons, si nous le voulons et si nous nous en donnons les moyens.

Il faut reconnaître à ce petit enfant devenu grand d’avoir eu la grande intelligence et la lucidité d’avoir réussi la synthèse de parler au nom de tous et non de telle catégorie ou de telle minorité. Ceci lui vient probablement de son histoire et de la faculté d’avoir su composer avec le métissage que lui ont offert tous ceux qui ont participé à son éducation. Il a su s’adresser à tous et redonner espoir à ce continent qui commençait à ne plus en avoir.

Le rêve, c’est l’espoir d’un possible, l’espoir c’est ce qui permet de voir venir, de rendre acceptable le présent. Parce que là où il n’y a pas d’espoir, il ne peut y avoir de vie et sans vie, il n’y a rien qui vaille.

Je n’en demeure pas moins réaliste, aucun être humain ne peut à lui tout seul répondre à tous les possibles, il ne saurait être la réincarnation du Messie. C’est donc bien avec l’ensemble des femmes et des hommes de bonne volonté que les possibles utopies deviennent des utopies réalisables.

Alors laissons tous les enfants du monde aller au bout de leurs rêves, ne les brisons pas, même si au plus profond de nous, ils font émerger des doutes. Ayons la sagesse et la grande intelligence de ne rien leur en dire. Qui sait, à force de conviction ils parviendront bien un jour à en donner une illustration, tous ne verront pas l’aboutissement de leur rêve, mais ils auront eu le mérite de nous les avoir fait partager.

Aller, laissons-nous rêver, il ne saurait y avoir de mal à se faire du bien !

« Gus le Guetteur ».

Novembre 2008