Vous avez suivi comme moi, l’embrasement des nombreuses villes de France (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et j’en passe) par des hordes de jeunes souvent mineurs qui s’en sont pris à des bâtiments publics (Mairies, écoles, centres culturels, cantines d’écoles primaires, etc..), à du mobilier urbain, des agences bancaires, des commerces de vêtements ou d’équipement, de surface d’alimentation ; bref ils ont mis à feu et à sang tout ce qui pouvait leur tomber sous la main.
Nous avons assisté sidéré à plusieurs nuits d’une violence extrême, nous donnant à voir un triste spectacle de désolation le lendemain ; voitures brûlées, façades de bâtiments délabrés.

En y réfléchissant plus en avant ces diverses scènes de saccage et de pillage, le titre d’une des chansons de Serge Regarni s’est imposé à moi « Les loups sont rentrés dans Paris ». Je n’en reprends ici que le titre, le texte de la chanson ne peut en aucun cas venir illustrer ce dont il est question dans cette chronique.
Mais qui sont ces jeunes, n’a-t-on cessé d’entendre au cours de ces nuits et lendemain de violence ? Très vite l’identification est faite. Ils viennent pour la plupart des banlieues voir de quartiers défavorisés.
Cette identification m’apparaît un peu courte du collier. Être né, ou issus ou bien encore habiter une banlieue ou un quartier défavorisé d’une grande ville ou d’une ville moyenne, ne serait justifier et expliquer ces troubles à l’ordre public.
Loin de moi l’idée ou l’intention d’excuser quoi que cela soit. Même si le décès brutal d’un jeune homme de 17 ans, dans des conditions abjectes et inexcusables en a été l’élément déclencheur.
Mais avant tout, comme dans toute situation dramatique, il est important de ne pas céder à l’émotion et de chercher d’abord à en comprendre les mécanismes à l’œuvre et les conditions de ce déclenchement.
Je dis bien chercher à comprendre, pas tolérer ni excuser.
Tout simplement à y regarder de près, il ne me semble pas que parmi ces jeunes ; encore mineurs pour un grand nombre d’entre eux ; il y ait été remarqué des jeunes des beaux quartiers des métropoles, villes ou villes moyennes en question. Cette jeunesse issue des beaux quartiers comme on le dit, à la chance et le privilège d’accéder à la connaissance, à la culture, à la musique et aux œuvres d’art. Elle a pour elle tout ce qui peut permettre à un être humain en construction de se donner les moyens de comprendre le monde où il vit, de se forger un esprit critique, de pouvoir faire preuve de discernement. Cette jeunesse « dorée » a à sa disposition les moyens de pouvoir se forger un avenir possible et de ne pas compter ou s’appuyer sur des maîtres chanteurs ou autres dealers pour l’envisager.
Ces jeunes issus des quartiers défavorisés avaient-ils conscience des symboles auxquels ils ont mis le feu, ont-ils eu l’instruction nécessaire pour en comprendre et intégrer toute la symbolique ? À l’inverse s’ils en étaient conscients, alors ils nous envoient un message lourd de conséquence à savoir comment la république fait de ces enfants des républicains ?


Ont-ils reçu l’instruction suffisante pour comprendre comme les jeunes des beaux quartiers le monde dans lequel ils vivent ; avons-nous mis tous les moyens en notre possession pour qu’ils reçoivent une éducation à laquelle chaque enfant où qu’il naisse, d’où qu’il soit et quelle que soit sa condition est en droit de recevoir jusqu’à un âge mature ?
Ne nous méprenons pas l’accès à la connaissance, par l’instruction, la lecture, l’apprentissage du beau, est la seule voie qui fera des enfants d’aujourd’hui des femmes et des hommes libres et conscients.
Posons-nous ces questions en ne nous cachant pas derrière l’urgence de punir et de réprimer. Bien sûr qu’il faudra sanctionner ; car aucune entorse à la loi ne serait demeurer sans suite. Encore faut-il que la sanction soit à la hauteur du début du commencement d’une compréhension par celui qui la reçoit. D’où au risque de me répéter, l’instruction et l’accès à la connaissance. C’est ce qui fait éducation, source d’émancipation et de responsabilité.
Souvenons-nous et n’oublions pas qu’à la sortie de la seconde guerre en 1945, Le Conseil National de la Résistance, privilégiait l’ÉDUCATION avant toute SANCTION.
Saurons-nous nous en inspirer encore aujourd’hui face au déferlement de surenchères sur la nécessité de sanctions exemplaires et invitant le bras de la justice à ne pas trembler.
Et me direz-vous, pendant de temps là, où sont les parents ? Que font les parents ?
Je ne crois pas que s’est en les stigmatisant et en les pénalisant au portefeuille que nous trouverons une juste réponse à cette problématique. Je demeure convaincu qu’ils font ce qu’ils peuvent, avec les moyens qu’ils ont, ils tentent la quadrature du cercle, à savoir l’impossible.
Rappelons-nous que personne en ce monde naît parent, on le devient et résidant dans des quartiers dits défavorisés, ils n’en sont pas moins de mauvais parents, au regard de ceux qui vivent dans de beaux quartiers. L’argent n’en fait pas de meilleurs éducateurs acteurs, mais avoir des moyens ça aide. Comme le dit un vieil adage « l’argent ne fait certainement pas le bonheur, mais ça aide à payer les courses ». Alors que nous élites et autres responsables politiques évitent de jeter l’opprobre.
S’il existe aujourd’hui dans ce beau pays qu’est la France, portée par les philosophes des lumières, s’il existe des territoires perdus pour la Républiques, c’est que nous en avons accepté le choix et que nous ne nous sommes pas donné les moyens d’éviter la présence de ses zones de non droit.
Aucun jeune où qu’il naisse, d’où qu’il soit et où qu’il réside ne vient au monde en naissant délinquant. On ne naît pas délinquant, mais on peut le devenir. La seule issue pour ne pas y tomber est et restera l’ÉDUCATION.
À cet instant, me reviennent en mémoire les propos de Daniel BALAVOINE, dits en 1980 sur le plateau de la seconde chaîne de télévision en présence de François MITTERAND ; il disait « Je voudrais dire aux grandes personnes que la jeunesse se désespère, car elle ne croit plus en l’avenir, elle n’a plus d’appui, et elle a raison ; le désespoir est mobilisateur et lorsqu’il est mobilisateur, il est dangereux car il crée le terrorisme ce qui donne la bande à Bader »
Alors n’attendons pas la prochaine explosion issue des banlieues ou autres quartiers difficiles. Il est plus que temps que cette jeunesse issue de ces lieux accède au savoir et à la connaissance et pour cela mettons à leur disposition les moyens qui leur procurent un avenir possible.
Ainsi les loups se retireront de la ville pour rentrer sur leur terre, convaincus que là aussi comme ailleurs tout est de nouveau possible.
Gus Le Guetteur
12 juillet 2023


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