Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt ! Lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’immigration :

Depuis le mois de novembre, au Sénat et en ce début de mois de décembre à l’Assemblée Nationale ; une énième loi qui porte sur l’immigration est examinée et fait l’objet de toutes les controverses entre les différents partis politiques.

Une énième loi en quarante années, sans que les précédentes n’aient fait l’objet d’aucune évaluation.

Mais avant d’aller plus en avant, mettons-nous d’accord sur une simple évidence à savoir qu’aucun d’entre nous ne connaît un être humain, qui un beau matin se lève, décide de tout quitter sa famille, ses liens familiaux et amicaux, sa terre et sa région, pour aller vers l’inconnu au travers un périple largement semé d’embûches et de souffrance ; personne, aucun être humain sur cette terre ne prend de tels risques sans y être obligé ou de ne pas avoir une alternative.

Une fois ceci posé, risquons-nous d’aborder ce sempiternel sujet qu’est l’immigration et cette énième loi sensée « Protéger les Français » comme le laisse entendre le premier flic de France.

De quoi devons-nous nous protéger ? De qui s’agit-il lorsque nous parlons de l’autre, l’étranger (*) , cet autre qui viendrait nous menacer et vis-à-vis duquel il y aurait urgence à se mettre à couvert, car il est dangereux et débarque avec armes et bagages.

Cet autre qui soit disant nous menace, pour moi, il recouvre trois réalités qui ne sont pas à confondre et qu’il nous faut appréhender chacune dans sa singularité :

  • Il y a celui qui quitte son pays, son territoire ou sa contrée parce qu’il s’y sent menacé, pour des questions politiques, religieuses, ethniques ou de genres. Ce dernier qui ne nous menace nullement, parce qu’avant tout c’est bien lui qui l’est ; il vient chez nous pour solliciter une mesure de protection. Il vient tout simplement nous demander de la protéger, lui et les siens.
  • Il y a le réfugié dit climatique, qui n’a pas d’autre choix que de quitter son territoire car ce dernier est menacé par la montée des eaux, lié au réchauffement climatique. C’est la conséquence de ne pas avoir su faire avec la nature malgré les nombreuses alertes du GIEC que nos dirigeants politiques et de grandes entreprises tardent à entendre et à mettre en application. Ce réfugié dit climatique nous menace-t-il vraiment ? Comment pourrait-il l’être alors qu’il vient nous demander de le mettre à l’abri d’une menace qu’il subit lui et contre laquelle il ne peut pas grand-chose.
  • Il y a celui que l’on nomme l’immigré économique, celui qui prend à contrecœur la route de l’exil parce que tout simplement « il crève la dalle » et ne parvient pas à se nourrir ni répondre aux besoins de ses proches.

Mais à y regarder de plus près, nous pouvons nous rendre compte que ce dernier vient souvent de contrée ou de pays ayant un sol extrêmement riche en minerais et autres ressources d’hydrocarbures. Ils sont un bon nombre issu du continent africain que l’on peut résumer « A un vieillard qui fait la manche assis sur un coffre-fort » ; ainsi pouvons-nous résumer la situation de ce vaste continent.

Depuis des millénaires les pays occidentaux, et tout particulièrement la France, pillent ce continent de ses ressources au profit de ses industries sans reverser le juste prix en rémunérant « rubis sur l’ongle » les dirigeants de ses pays producteurs.

Face à ce constat, comment voulons-nous que ces derniers (les dirigeants de ces pays) puissent procurer à leurs ressortissants les conditions économiques d’une vie possible sur leur territoire. Ce citoyen privé de toutes possibilités d’en vivre et de travailler au pays, face à la misère qui est la sienne et à la grande difficulté à se nourrir ; n’a pas d’autre choix que de tenter l’aventure avec tous ces dangers (périr en mer, traite d’être humain, etc..)

Face à cette immigration dite économique, nous nous permettons (nous français) de déclamer que nous ne saurions accepter cette catégorie de migrants pendant que nous continuons honteusement à nous accaparer les richesses des pays d’où viennent ces mêmes migrants ? En clair « garder vos miséreux que nous ne saurions accueillir et laissez-nous poursuivre le pillage de vos richesses »

Selon vous, n’y aurait-il pas un peu de cela derrière toutes ces lois censées encadrer la venue d’autres êtres humains sur notre sol ?

De quelle hypocrisie devons-nous être les témoins et spectateurs ?

Soyons attentifs et quelque peu observateurs et jetons un œil autour des landaus et poussettes dans les parcs et jardins de nos grandes villes et tout particulièrement Paris, regardons attentivement qui se trouvent derrière nos chères têtes blondes, je vous le donne en mil, des personnes de couleurs.

Si vous fréquentez de tant à autre des bars ou des restaurants, prenez la peine d’aller faire un tour aux toilettes, souvent situées à proximité des cuisines ; jetez-y un œil pour vous rendre compte qu’autour des fourneaux ou de la plonge ce sont là bien souvent des hommes ou des femmes de couleurs.

Il ne semble pas que les uns ou les autres aient été un tant soit peu menaçants un jour ou l’autre pour la communauté ou la société française.

S’il est vrai et que l’on peut amplement comprendre que notre pays ne saurait à lui tout seul accueillir toute la misère du monde. Il n’en demeure pas moins que le pays de Voltaire, d’Hugo, le pays des Lumières et de la déclaration universelle des droits de l’homme ; peut et doit prendre sa part pour accueillir dignement et humainement, d’abord et avant tout ceux qui viennent frapper à sa porte. C’est une question de respect, d’assurance et de garantie qu’il n’y ait pas d’atteinte aux droits fondamentaux de chacune et de chacun.

Alors arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt lorsque nous abordons les situations de tous ceux et celles qui viennent frapper à notre porte, n’en faisons sous aucun prétexte un enjeu de politique politicienne, qui ne nous honore pas aux yeux du monde.

Faisons de l’accueil en toute dignité, un enjeu national et de société.

Traitons chaque situation avec respect et humanité

Trouvons pour chacune et chacun de ceux qui viennent nous demander de l’aide, la réponse le mieux adaptée à sa situation et manière durable.

Ayons le courage et l’audace de créer les conditions du maintien dans leurs pays et sur leurs territoires de toutes celles et ceux qui par absence de conditions de vie et de travail sur place sont condamnés à l’exil.

Nous parviendrons ainsi à nous sortir de cette hypocrisie qui gangrène notre société et sa vie politique depuis de si nombreuses années et l’immigration ne serait plus une menace ni un problème et nous retrouverions, enfin, « ce commun vouloir de vivre ensemble ».

Gus Le Guetteur

6 décembre 2 023.

(*) Extrait de l’auvergnat de Georges Brassens :

Elle est à toi cette chanson
Toi, l’étranger qui sans façon
D’un air malheureux m’as souri
Lorsque les gendarmes m’ont pris
Toi qui n’as pas applaudi quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
Riaient de me voir amené.

Ce n’était rien qu’un peu de miel
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand soleil.

Toi l’étranger quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise, à travers ciel
Au Père éternel.