Avez-vous une idée de ce qu’est notre nouvel objet du quotidien ?

Je ne sais pas vous, mais moi, j’avoue avoir un certain penchant pour l’oisiveté. Oui vous avez bien lu, oui j’ai un certain goût à prendre le temps de faire rien, tout l’inverse de ne rien faire. Prendre le temps de me poser et de regarder, le monde autour de moi. Regarder en toute simplicité, sans aucune envie de penser à autre chose que d’accorder une attention à ce que j’observe ; sans avoir un avis sur quoi que ce soit et de ne porter aucun jugement sur ce que je vois.

Prendre le temps n’est nullement compliqué, il suffit de se poser à un endroit, d’être confortablement installer, autant que faire se peut et de se laisser bercer par le va-et-vient de ses congénères qui veillent, sans qu’ils y soient invités, à meubler le tableau.

Si vous êtes un tant soit peu attentifs vous vous rendrez vite compte que nos concitoyens ont entre les mains, un objet rectangulaire de dimension variable et qu’ils le fixent à tout bout de champs. On ne regarde plus autour de soi, on ne croise plus le moindre regard de l’autre, non ! Chacun est dans son monde, dans sa bulle, recroquevillé sur lui-même.

Tout laisse à croire qu’ils ne peuvent plus s’en passer ; observer les biens, mes chers amis ; que nous soyons dans les transports en commun, dans un bar, au restaurant ou dans une salle d’attente ; de nos jours les mains et les yeux de nos chers congénères semblent bien occupés.

Certains ont même un casque sur les oreilles, ou des objets de formes bizarres enfournés dans les oreilles, et ils fixent attentivement leur objet rectangulaire. D’autres avec casque ou sans casque, toujours les yeux rivés sur le même support ont le rectangle bien en mains et les deux pouces libres à disposition et avec une frénésie et une dextérité remarquable, ils pianotent et d’un mouvement d’un des pouces de bas en haut balayent leur objet rectangulaire. On nous dit qu’ils conversent !

Ce qui donne dans les lieux ou transports publics de toute nature, une foule de femmes et d’hommes, voire d’enfants ; la tête baissée, fixée sur cet étrange objet rectangulaire.

Et cette façon de procéder n’est pas réservée aux lieux clos où l’on peut valablement s’adonner d’autant plus à cet usage que l’on se sent en sécurité.

Mais alors quoi penser de ceux qui à l’air libre, hors de tout cocon sécurisant, en pleine ville au milieu de la circulation, poursuivent et adoptent la même posture, la tête baissée et le nez rivé sur ce petit rectangle, faisant fi de toute notion du danger qu’il soit sur quatre ou deux roues où statique comme un arbre ou un poteau d’éclairage, voire un feu tricolore. Ils avancent et ne s’en détachent pas les yeux au risque de se prendre un poteau, un arbre, que sais-je encore, en pleine figure.

C’est fou de se rendre compte comment cet objet capte toute notre attention au mépris de tout danger.

Ce petit rectangle il y en a d’aucun qui lui parle, vous pouvez un temps pensez que celui qui parle vous adresse la parole, il n’en est rien ; il parle et converse au travers de cet étonnant support avec quelqu’un quelque part

Hier c’était un tout autre objet qui sollicitait notre attention, il était plus grand, nous n’avions pas assez de nos deux bras pour en prendre connaissance, parfois notre voisin de trajet ou de tablée pouvait lui aussi en profiter ; il ne captait pas autant notre attention, nous pouvions nous en détacher et surtout il ne nous coupait pas totalement de notre entourage. Cet objet d’hier, nous l’appelions tout simplement le journal. Il continue d’exister encore de nos jours, Dieu merci pour les journalistes, mais il semble s’être fait rare pour ne pas dire discret dans les lieux communs.

À ce stade de votre lecture, vous vous demandez bien quel est cet étrange objet de notre quotidien ? C’est le Smartphone ! Eh oui, cette fameuse innovation technologique du XXe siècle. Qui a remplacé notre journal ou notre périodique, par son omniprésence dans l’espace public, dans l’espace privée le plus intime, il fait l’objet de toutes les attentions de la part des spécialistes qui ne cessent de nous alerter sur les dangers et les conséquences d’un usage abusif de cet étrange objet de notre quotidien qu’est devenu le Smartphone !

Et oui cette innovation technologique inventée par Steeve Job, le visionnaire et talentueux créateur d’Apple. À ce jour nous pouvons valablement affirmer qu’il a totalement envahi l’espace public, tous les âges en possèdent un, de plus en plus complexe. Nous pouvons nous autoriser à dire que c’est tout sauf un téléphone, tellement il contient de choses toutes aussi inimaginables les unes comme les autres.

Il est même plus que notre nouvel objet du quotidien, s’il nous arrive malencontreusement de l’oublier quelque part voire de le casser en le faisant tomber ou de le perdre ; nous sommes perdus. C’est que cet objet peut contenir tout le résumé d’une vie (Photos, messages envoyés et reçus, applications de toutes sortes et de toutes natures et j’en passe).

C’est fou ! La manière dont ce qui était censé être soi-disant un téléphone, certes peu un peu plus sophistiqué que le traditionnel combiné à cadran, est devenu ce nouvel objet du quotidien, envahissant tous nos espaces privés comme public à tel point qu’il est devenu impensable de ne pas en avoir un et ne plus pouvoir s’en passer. Nous pourrions en toute légitimité nous demander quel espace n’a-t-il pas encore conquis.

Est-ce cela le progrès, comme l’on dit ?

Je ne sais pas, je refuse de me prononcer

Et vous ?

Gus le Guetteur

12 juin 2023