Mort où sont tes limites !

Vous vous en êtes forcément rendu compte, ces jours derniers la presse écrite comme audiovisuelle se sont fait l’écho de violences inouïes pour ne pas dire impensables et inimaginables.

Des adolescents donnent la mort à d’autres adolescents du même âge. Qui l’eut cru ?

Effrayant, choquant pour ne pas dire scandalisé. Ces faits qui semblent s’inscrire dans un nouveau récit de la banalité du quotidien, nous laissent sans voix comme « groggy » pour ne pas dire chaos debout.

Ces adolescents qui donnent la mort, c’est tout sauf banal et cette apparition, aujourd’hui, sur le devant de la « scène » doit nous interroger, nous questionner à plus d’un titre ; nous ne pouvons nous contenter d’être tout simplement des spectateurs horrifiés.

Bien sûr cet acte est largement condamnable et ne peut demeurer impuni.

Est-ce la seule réponse ?

Dans une précédente chronique au moment où les banlieues et autres bourgades de notre France profonde s’embrasaient après le meurtre de Nahel en juin 2022, je m’interrogeai déjà sur les raisons profondes d’un tel déchaînement de violence contre des locaux et des bâtiments publics ayant un fort symbole de notre république. Il ne m’est pas apparu que mon analyse et mes conclusions allaient dans le sens de ce qui a été dit ou entendu ici ou là.

Je vais une nouvelle fois tenter de vous associer à mon analyse et à ma compréhension de cette situation.

Entendons-nous bien, chercher à comprendre ne se veut en aucun cas vouloir justifier. Porter atteinte à l’intégrité physique d’un être humain ne peut et ne se justifiera jamais. Ne dit-on pas « tu ne tueras point ».

Mais pourquoi un adolescent, un enfant, peut-il en arriver au point d’interrompre la vie d’un autre, son semblable ; s’en rend-il compte vraiment ? Est-il conscient des conséquences de son geste ? Opère-t-il dans un état second ? A-t-il bien conscience de ce qu’est donner la mort ? A-t-on à l’adolescence un état de conscience d’un adulte pour être totalement responsable des actes que l’on pose ?

À toutes ses questions, j’avoue ne pas pouvoir répondre, mais il n’en demeure pas moins que je me les pose et continue à me les poser.

Défaut d’éducation, défaut d’instruction, défaut d’autorité ? Peut-être, l’un ou l’autre, l’un et l’autre, voir un peu de tout à la fois.

Mais à qui la faute ? Et c’est maintenant et probablement à ce stade que cela devient Cornélien, il ne s’aurait y avoir de réponses simples à des questions complexes.

Il me semble qu’un défaut d’éducation et d’instruction peut être un début d’explication. L’un relevant des parents, du cercle de la famille ; l’autre étant de la responsabilité de l’État. Victor Hugo nous la bien signifié, « Qui délivre la pensée, délivre les mots »

Ce n’est donc pas en affirmant haut et fort, pour faire corps avec la tendance du moment, qu’il faut un surcroît d’autorité que l’on parviendra à résoudre le problème, en tous les cas faire de la seule autorité la solution est tout sauf la réponse la mieux adaptée.

Bien entendu qu’il y ait nécessité d’avoir de l’autorité ; je demeure convaincu que cette dernière s’incarne et ne s’aurait se décréter.

Si l’éducation doit relever de la sphère familiale, l’instruction est bien une obligation de l’État. Et c’est bien là que le bât blesse. L’État, notre État met-il et donne-t-il les moyens à tous les enfants de notre pays acquérir de la connaissance au bas mot d’être tout simplement instruit ? Il est plus qu’urgent de déclarer haut et fort que l’instruction, l’accès au savoir et la connaissance n’ont pas de prix, leur défaillance où leur absence à un coût. Prenons pour référence le coût des violences perpétrées en juin 2022.

Arrêtons de tergiverser, mettons les moyens ; « quoi qu’il en coûte » ; et faisons de l’instruction, de l’accès à la connaissance, au savoir, à la musique, au beau ; des armes de destructions massives contre tous les totalitarismes, tous les extrémistes, les populistes et autres fondamentalistes ; l’instruction est le seul rempart qui protégera les enfants de la république de tous ceux qui sous des motifs fallacieux, sous couvert d’une volonté de protection remettent en cause les droits les plus fondamentaux de l’être humain.

À l’État l’instruction et toute l’instruction ; aux parents l’éducation et en aucun cas l’inverse, que les parents ne viennent pas demander à l’État de faire ce pour quoi il n’a et ne serait avoir la moindre compétence. À chacun son rôle et à chacun sa responsabilité.

Ayons en mémoire ce que nous prédisait Platon « Avant toute chose, n’oubliez pas cet adage.

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les Maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne voient plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors, en toute jeunesse et en toute beauté, c’est le début de la tyrannie ».

Et surtout pourquoi rendre à l’instruction la place qu’elle doit avoir et qu’elle n’aurait jamais dû quitter, il y va de notre entière responsabilité.

À voir de l’instruction c’est avoir des mots, avoir des mots c’est avoir la possibilité de mettre des « mots sur les maux et ainsi lesdits maux deviennent des mots dix et cessent d’être maudits ».

Ayons bien cela à l’esprit et en mémoire lorsque nous sommes confrontés à de tels actes de violences, la mort récente donnée par ce jeune homme, les émeutes de juin 2022 ou le passage à tabac de tel ou tel autre jeune, bien souvent pour de la futilité.

Où sont nos défaillances et en quoi sommes-nous collectivement responsables

Gus Le Guetteur

Avril 2024