En ce mois de juin 2024 deux dates ont marqué ma mémoire :
La première est le 6 juin 2024, en ce jour nous célébrions et célébrions le 80e anniversaire du débarquement des alliés sur nos côtes normandes.
Ce jour-là, le 6 juin 1944, des milliers de femmes et d’hommes ont débarqué pour mettre fin à la barbarie nazie.
Elles et ils se sont livrés corps et âme pour nous permettre de retrouver ce que tout être humain sur cette terre a de plus cher : La Liberté.
Ils sont venus de partout, d’Amérique, du Canada, d’Australie, de Nouvelle Zélande, d’Angleterre, d’Afrique et des Français aussi, pour dire non au totalitarisme, à la haine et le rejet de l’autre, à la bêtise humaine qui pense qu’il existe une race humaine qui doit se tenir et asservir une autre dite inférieure. Elles et ils sont venus pour anéantir à jamais ceux qui ont osé ériger la mort comme sanction à des enfants, des femmes et des hommes qui ne demandaient rien d’autre si ce n’est de vivre.
Beaucoup de ces femmes et hommes, souvent bien jeunes, y ont laissé leur vie, pour que nous puissions, nous et d’autres aujourd’hui, vivre libre et en paix.
Bon nombre d’entre eux, ignoraient où et de ce qu’était la France et encore mois l’Europe, à aucun moment elles et ils n’ont eu la moindre hésitation.
Avec courage, abnégation et détermination, elles et ils nous ont redonné l’espérance et la foi en un avenir possible à reconstruire.
Elles et ils ont mis à bas toute cette idéologie archaïque, basée sur le rejet de l’autre, celui que l’on décrète différent de nous, le repli sur soi et l’affirmation du primat d’une catégorie d’être humain sur une autre.
En ce 6 juin 2024, il nous revient de n’oublier jamais et de nous souvenir par une obligation de mémoire pour ces femmes et ces hommes qui ont tant fait et contribué à ce que nous sommes aujourd’hui.
La seconde date, en ce soir du 9 juin 2024, est marquée par les résultats aux élections Européennes où une organisation politique qui prône au même titre, que ceux que des milliers de femmes et d’homme sont venus combattre en juin 1944, la haine et le rejet de l’autre, qu’il existe une catégorie d’être humain qu’il faut jeter par-dessus bord, parce qu’elle nous menace, notre identité, notre sécurité et notre religion. En quelque sorte que cette catégorie ne mérite pas de vivre.
Ce groupement d’individus qui se prétend être un parti démocratique est arrivé en tête de toutes les autres organisations politiques et ce dans une large majorité de circonscriptions.
Comment cela est-il possible ? Qu’est-ce qui explique que des millions de Françaises et de Français puissent croire qu’un mouvement se réclamant et revendiquant des méthodes de gouvernement et une idéologie du passé farouchement combattu en juin 1944, apportera les réponses aux difficultés auxquelles ces Françaises et ces Français ont à faire face.
Comment peut-on penser, imaginer et croire que les méthodes d’hier vont être la réponse à ceux d’aujourd’hui ?
J’aimerais bien que l’on m’explique comment un mouvement qui pour programme la préférence nationale, la défense d’une identité dont on ne sait de laquelle il s’agit ; prône le repli sur soi et la construction de hauts murs aux frontières pour se mettre à l’abri de tout envahisseur potentiel ; comment ce mouvement peut convaincre de millions de Françaises et de français qu’il a les réponses au mal logement, à la crise des soins et l’école, à l’emploi et au sentiment de déclassement d’un grand nombre d’entre nous.

Les enjeux sont tels et une telle complexité que les outils et les méthodes pour y parvenir sont tout sauf de simples slogans lancés à la Cantonade pour brosser les Françaises et le français dans le sens du poil.
Il nous faut nous rendre à l’évidence que ceux qui ont gouverné ou gouverne, n’ont pas été prompts, ni à la hauteur pour répondre aux multiples attentes légitimes de nos concitoyens.
Mais cela mérite-t-il un saut vers l’inconnu sous le vocable que « l’on ne les a pas encore essayé ». Notre connaissance du passé, les leçons de l’histoire que nous nous devons de tirer et conserver en mémoire, doit nous être d’un précieux conseil au moment de faire un choix.
Et puis dites-moi, de vous à moi :
- La haine de l’autre peut-elle être un programme politique ?
- Le rejet de l’autre et la xénophobie constituent-ils en soi un programme de gouvernement ?
- Doit-on oser d’un gouvernement d’hommes et de femmes qui ont pour motif essentiel « la préférence nationale » ?
Est-il vraiment raisonnable de s’autoriser à rayer d’un trait de plume des décennies d’existence démocratique et républicaine pour mettre en lieu et place des méthodes et des recettes issues d’un passé qui ont été combattues et rejetées par des milliers de femmes et d’hommes au nom du droit de la liberté de penser, de venir ou d’aller, de s’associer librement pour défendre des droits humains fondamentaux.
Moi, je crie haut et fort que ce n’est pas possible ni envisageable, ce pays qui m’a accueilli il y a plus de 50 ans, où j’ai vécu avec amour, que j’adore, où mes enfants sont nés et ont grandi. Non ce pays ne peut et ne doit pas s’autoriser un saut vers l’inconnu, il a le devoir de se ressaisir, de se remettre à l’endroit et de se donner le droit d’espérer et de nouveau croire, plus que jamais en la liberté retrouvée, en l’égalité assurer à toutes et à tous et en la fraternité entre toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté.
Je vous confie ce beau propos du Pape François prononcé en mai 2016, pour prolonger notre réflexion, pour l’adapter à notre situation, il vous suffit de changer « Europe » par « France » Et vous aurez tout compris.
Discours du Pape François sur l’Europe (vendredi 6 mai 2016).
Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et de grandes femmes qui ont su défendre et donner leur vie pour la dignité de leurs frères ?
Les Pères fondateurs de l’Europe ne sont pas dépassés ; ils aspirent, aujourd’hui plus que jamais, à construire des ponts et à abattre des murs.
Les réductionnismes et toutes les tentatives d’uniformisation, loin de générer des valeurs, condamnent nos peuples à une cruelle pauvreté : celle de l’exclusion. Et loin d’apporter grandeur, richesse et beauté, l’exclusion provoque la lâcheté, l’étroitesse et la brutalité. Loin de donner de la noblesse à l’esprit, ils lui apportent la mesquinerie.
Les racines de nos peuples, les racines de l’Europe se sont consolidées au cours de son histoire du fait qu’elle a appris à intégrer dans une synthèse toujours neuve les cultures les plus diverses et sans lien apparent entre elles. L’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle.
Nous sommes invités à promouvoir une intégration qui trouve dans la solidarité la manière de faire les choses, la manière de construire l’histoire. Une solidarité qui ne peut jamais se confondre avec l’aumône, mais qui génère la possibilité de mener une vie digne. Le temps nous enseigne que la seule insertion géographique des personnes ne suffit pas, mais que le défi est celui d’une forte intégration culturelle.
Gus Le Guetteur
Juin 2024
Laisser un commentaire