Six syllabes chacune. Les mêmes mots. Dans un ordre différent. Et pourtant — tout change.
Cette petite inversion m’a longtemps hanté. Non pas comme une coquetterie grammaticale, mais comme un os que l’on ne peut s’empêcher de ronger : y avait-il là une vraie différence, ou simplement l’illusion d’une nuance ?
J’ai cherché. Tourné, retourné. Rien. J’ai capitulé.
J’ai rangé la question au fond du tiroir, décidé à la laisser vieillir — comme un bon vin qu’on oublie à la cave en espérant qu’il se bonifie seul.
Il s’est bonifié.

Car la réponse est revenue, tranchante, portée par cette petite voix intérieure qui sait toujours mieux que vous quand se taire et quand parler. La voici :

Ne rien faire, c’est la prison sans barreaux. Le temps vous traverse comme si vous n’étiez pas là. Vous attendez sans savoir quoi. Vous subissez. C’est le vide qui s’installe — lourd, gris, non désiré. L’antichambre de l’ennui. Le début de la solitude.
Ne faire rien, c’est la liberté souveraine. Ce matin-là, vous avez décidé. Personne ne vous a rien imposé — c’est vous qui avez choisi le vide, et cette différence change tout. Flâner en pyjama jusqu’à midi ? Votre choix. Petit-déjeuner à 14h ou pas du tout ? Votre choix. Laisser le téléphone sonner dans le vide ? Toujours votre choix. Vous ne subissez pas le temps — vous le savourez, lentement, comme un luxe rare, parce qu’il vous appartient entièrement.

La frontière entre les deux tient en un mot : le choix.
Subi, le vide use. Choisi, il ressource.
Alors la prochaine fois que quelqu’un vous demande ce que vous faites de votre journée, et que vous répondez « rien » — sachez exactement ce que vous voulez dire. Parce que ce rien peut être votre plus belle défaite ou votre plus grande victoire.
En bon entendeur — je vous salue, et je retourne faire rien.
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