J’ignore si nous en avons encore pleinement conscience, mais il existe, autour de nous, des femmes et des hommes que nous avons fini par ne plus voir. Pourtant, ils sont là. Chaque jour. Chaque nuit. À quelques mètres de nous. Ils travaillent à nos côtés, rendent nos vies possibles, mais ont disparu de notre regard, comme effacés de notre champ de vision collectif.
Ces femmes et ces hommes sont pourtant indispensables à notre quotidien.
Peut-être sont-ils devenus invisibles précisément parce qu’ils sont partout. À force de les croiser, nous avons fini par les fondre dans le décor, comme si leur présence allait de soi, comme si ce paysage quotidien pouvait exister sans eux. Et pourtant, il suffirait qu’ils disparaissent une seule journée pour que le vide saute immédiatement aux yeux : des lieux sales, des espaces invivables, une organisation paralysée, un quotidien brutalement désordonné.
C’est souvent cela, l’injustice de l’habitude : ne plus voir celles et ceux qui rendent nos vies plus simples, plus propres, plus humaines.
Ces invisibles appartiennent à cette catégorie de travailleurs qui se lèvent quand beaucoup dorment encore, ou qui œuvrent lorsque nous avons déjà quitté les lieux. Ils travaillent tôt le matin, tard le soir, dans des espaces exigus, discrets, souvent à l’écart de nos regards. Nous les croisons sans vraiment les regarder. Parfois même sans leur adresser un mot.
Et pourtant, durant la période du confinement, nous avions enfin compris leur importance. Nous les appelions alors « les héros du quotidien ». Pendant quelques semaines, ils étaient devenus visibles. Nous avions soudain pris conscience que sans eux, nos vies ne tenaient plus debout.
Vous voyez désormais de qui je parle.
Je parle de ces femmes et de ces hommes qui nettoient nos bureaux lorsque nous les quittons ; de celles et ceux qui rendent propres, sains et accueillants les lieux où nous vivons et travaillons ; de ces agents d’entretien qui effacent chaque jour les traces de notre passage sans jamais réclamer la moindre lumière.

Je parle aussi des cuisinières et des cuisiniers qui œuvrent dans l’ombre des arrière-cuisines pendant que nous profitons des salles de restaurant ; de celles et ceux qui assurent la plonge pendant que nous partageons un repas ; de tous ces travailleurs invisibles sans lesquels aucun service, aucun confort, aucune normalité ne seraient possibles.

Nous vivons grâce à leur présence, mais trop souvent sans reconnaissance.
Alors il me semblait essentiel de leur rendre hommage.
Un hommage sincère, appuyé, profondément humain.
Parce qu’une société qui ne voit plus celles et ceux qui la font tenir debout finit toujours par perdre une part de son humanité.
À toutes ces femmes et à tous ces hommes de l’ombre : merci.
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