Quand prendrons-nous enfin le temps d’écouter nos enfants ?

La tragédie du Gers a provoqué une onde de choc qui a traversé tout le pays jusqu’au sommet de l’État. Ce drame a brutalement révélé une réalité que beaucoup refusent encore de voir : il n’aurait probablement jamais dû se produire.

Si les institutions chargées de protéger les plus fragiles avaient fait preuve de davantage de discernement, d’attention et de vigilance, cette histoire aurait peut-être connu une autre issue.

Une question s’impose alors : pourquoi ?

Manque de moyens ? Défaut de vigilance ? Formation insuffisante pour identifier l’urgence et mesurer la gravité de certaines situations ?

Sans doute un peu de tout cela à la fois.

Cette prise de conscience collective conduit aujourd’hui à envisager de nouvelles dispositions législatives destinées à mieux protéger les enfants et les femmes victimes de violences, tout en mettant hors d’état de nuire les prédateurs et les auteurs de violences.

Mais une loi, aussi nécessaire soit-elle, suffira-t-elle ?

Permettra-t-elle de mieux entendre ce que les enfants tentent de nous dire ? De mieux comprendre leurs mots, leurs silences, leurs peurs ?

Car le véritable enjeu est peut-être là.

Nous devons d’abord reconnaître une évidence : la parole de l’enfant n’a pas toujours occupé la place qu’elle mérite dans notre société.

La prise en compte de cette parole est relativement récente. Les travaux de la grande psychanalyste Françoise Dolto ont largement contribué à cette évolution lorsqu’elle affirmait que « le bébé est une personne ».

Mais il faut se souvenir qu’au début du siècle dernier, et même bien après, les enfants n’avaient pratiquement pas voix au chapitre. Leur parole était considérée comme secondaire, parfois sans valeur. On ne leur demandait pas leur avis. Ils parlaient lorsqu’un adulte les y autorisait. À table, ils écoutaient. Les adultes parlaient.

Cette culture du silence a permis le pire.

Les révélations successives concernant les violences commises dans certains internats, établissements scolaires ou institutions religieuses nous ont bouleversés. À chaque fois, nous nous demandons : comment cela a-t-il été possible ?

La réponse est douloureuse.

Parce que la parole des enfants n’a pas été entendue.

Parce qu’elle a été minimisée, ignorée, parfois même discréditée.

Aujourd’hui encore, malgré les progrès accomplis, sommes-nous certains d’écouter réellement les enfants ?

Peut-être subsiste-t-il dans nos comportements un héritage inconscient de cette ancienne posture où l’adulte savait, décidait et jugeait seul.

Pourtant, l’urgence est là.

Si nous voulons protéger nos enfants, nous devons changer de paradigme.

Lorsqu’un enfant nous parle, nous devons nous rendre pleinement disponibles. L’écouter vraiment. Chercher à comprendre au-delà des mots. Discerner ce qui est exprimé et parfois ce qui ne l’est pas.

Prendre sa parole en considération, c’est lui signifier qu’il est pris au sérieux. C’est lui dire : « Je t’entends. Je te crois. Je vais agir. »

C’est créer les conditions de la confiance indispensables pour qu’il ose parler et continuer à parler.

Nous devons être convaincus qu’un enfant qui s’exprime nous transmet toujours quelque chose d’important. À nous d’en mesurer la portée, d’en comprendre les enjeux et de ne jamais détourner le regard lorsqu’un appel à l’aide se cache derrière ses mots.

Alors seulement nous pourrons apporter une aide véritable et intervenir à temps.

Bien sûr, les moyens humains, financiers et juridiques sont indispensables. Ils doivent être renforcés. Mais aucune loi, aussi ambitieuse soit-elle, ne remplacera jamais notre responsabilité collective.

La protection des enfants commence par notre capacité à écouter.

Écouter réellement.

Écouter sans préjugé.

Écouter sans minimiser.

Écouter sans attendre qu’il soit trop tard.

Car c’est dans cette écoute attentive et bienveillante que réside sans doute l’une des clés essentielles de leur sécurité, de leur intégrité physique et morale, et de leur développement harmonieux.

N’oublions jamais qu’une société se juge à la manière dont elle traite les plus vulnérables.

Et elle s’honore par l’attention qu’elle porte à la parole de ses enfants.

Gus – Le Guetteur de notre siècle
12 juin 2026